Liquidateur amiable et dette oubliée : peut-il être condamné à payer à la place de la société ?

Publié le 8 septembre 2026 à 19:24

Un créancier qui a obtenu la condamnation d'une société aujourd'hui liquidée peut-il se retourner contre le liquidateur amiable et lui faire payer directement la dette ? C'est une question que reçoit régulièrement le Cabinet Thierry Debard, avocat à Saint-Raphaël (Var), notamment de la part de créanciers, cautions ou associés confrontés à une liquidation qui a "oublié" une dette.

La réponse de principe : non, la condamnation ne se transfère pas au liquidateur

Il n'est pas possible de faire supporter par le liquidateur, à titre personnel, la condamnation prononcée contre la société liquidée. En revanche, dans certains cas précis, sa responsabilité personnelle peut être engagée sur le fondement de l'article 1240 du Code civil, pour obtenir des dommages-intérêts réparant un préjudice qui vous est propre — distinct de celui de l'ensemble des créanciers.

1- Quand la condamnation ne peut pas être "transférée" au liquidateur

Si le reproche fait au liquidateur porte sur un appauvrissement de l'actif ou une aggravation du passif de la société (un préjudice qui touche tous les créanciers de la même façon, dit "préjudice collectif") :

  • l'action doit passer par la reprise de la liquidation (article L. 643-13 du Code de commerce) ;
  • seul un nouveau liquidateur, désigné pour représenter l'ensemble des créanciers, peut l'exercer ;
  • les sommes obtenues intègrent le patrimoine du débiteur et sont réparties entre tous les créanciers — jamais versées à un seul d'entre eux.

Autrement dit : il est impossible d'obtenir que le liquidateur soit condamné à régler directement, de sa poche, le montant du jugement rendu contre la société.

2 - Ce qui reste possible : une action personnelle contre le liquidateur

Une voie distincte existe : agir directement contre le liquidateur devant le tribunal judiciaire (article R. 662-3 du Code de commerce), sur le fondement de la responsabilité civile de droit commun (article 1240 du Code civil). Trois conditions doivent être réunies :

  • une faute précise dans l'exercice de ses fonctions (manquement à un texte, mauvaise gestion d'une vente, défaut d'information, recours irrégulier à un tiers…) ;
  • un préjudice personnel et distinct du simple non-paiement de votre créance (un oubli d’une créance dont l’existence ne pouvait être ignorée, une caution poursuivie à votre place, une perte de chance qui vous est propre, des frais supplémentaires engagés…) ;
  • un lien de causalité direct entre cette faute et ce préjudice.

📌 Point important : les dommages-intérêts obtenus réparent le préjudice réellement prouvé — ils ne sont pas automatiquement égaux au montant de la condamnation initiale prononcée contre la société.

3 - Les questions à se poser avant d'agir

  • Quelle est votre qualité : créancier simple, caution, associé, tiers ?
  • Quelle faute précise reprochez-vous au liquidateur ?
  • Votre préjudice est-il vraiment distinct de celui de la masse des créanciers, ou se confond-il avec elle ?

Ces trois points conditionnent la voie procédurale à suivre — et donc les chances de succès de l'action.

Besoin d'un avis sur votre situation ? Le Cabinet Thierry Debard, avocat à Saint-Raphaël, intervenant dans tout le Var et inscrit au barreau de Draguignan, accompagne particuliers et professionnels confrontés à une liquidation amiable litigieuse. [Contactez le cabinet] pour étudier votre dossier.

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